L’idée d’ouvrir une boutique de minéraux ne date pas d’hier. J’avais environ quatorze ans lorsque ce projet a commencé à germer dans mon esprit. Autant dire qu’il m’a accompagnée pendant plus de 10 ans.
À l’époque, je m’étais déjà renseignée, j’avais pris des contacts et commencé à imaginer ce que pourrait devenir cette boutique. J’aimais les pierres, leurs couleurs, leurs formes, leurs histoires. Mais en découvrant davantage les conditions dans lesquelles certains minéraux étaient extraits, quelque chose m’a profondément arrêtée.
Quand une passion se heurte à la réalité
Ce qui m’a particulièrement touchée, ce sont les conditions de travail des personnes qui extraient les pierres. Descendre dans les mines, travailler sous terre, parfois utiliser de la dynamite pour atteindre les filons… Derrière les minéraux que nous admirons dans nos vitrines, il y a des hommes et des femmes qui accomplissent un travail difficile, loin de l’image presque magique que l’on peut se faire de ces pierres ou de la lithotérapie mais on en reparlera de ce sujet...
J’ai immédiatement fait le rapprochement avec les mines de charbon du Nord de la France, mais aussi avec celles qui ont marqué l’histoire de nombreuses régions du monde.
Une partie de ma famille étant originaire du Nord, cette réalité ne m’était pas étrangère. Je connaissais l’histoire de ces ouvriers, la dureté de leur travail et les conditions dans lesquelles tant d’entre eux avaient vécu. Je ne pouvais pas envisager de construire un commerce autour des minéraux en fermant les yeux sur ce que pouvait impliquer leur extraction.
Je ne voulais pas que ma passion repose, même indirectement, sur l’exploitation de personnes dont le travail ne serait pas reconnu à sa juste valeur. Je ne pouvais tout simplement pas faire comme si cela ne me concernait pas.
J’ai donc fini par abandonner ce projet, malgré les contacts que j’avais déjà établis.
À cela s’ajoutaient d’autres difficultés, notamment celles liées au transport et à l’acheminement des pierres. Il y avait trop d’obstacles, et surtout, je ne trouvais pas de solution qui me permette d'avancer sereinement.
Le projet est resté de côté.
10 ans plus tard, une possibilité se présente
Puis, l’année dernière, cette nouvelle opportunité s’est présentée.
Cette fois, les choses ont été très claires dès le départ : si je devais enfin donner vie à cette boutique, ce serait à la condition de pouvoir m’approvisionner auprès d’une exploitation dont les pratiques correspondaient à mes exigences.
La personne qui m’accompagne dans cette aventure et qui prend en charge le transport et les expéditions partageait cette volonté. Nous étions d’accord sur un point essentiel : il ne s’agissait pas de créer une boutique à tout prix, mais de trouver une manière de le faire qui ait du sens.
Les pierres que nous proposons proviennent de mines à ciel ouvert, et non de galeries souterraines. L’extraction est réalisée à la main, sans utilisation de dynamite, avec des outils tels que des pioches et des pics.
L’exploitation est une entreprise à taille humaine et familliale. Les travailleurs sont rémunérés à la juste valeur des pierres extraites, mais aussi du travail qu’ils accomplissent. Les horaires respectent la législation de leur pays.
Ce sont des éléments importants pour moi. Je voulais pouvoir proposer des minéraux sans dissocier leur beauté des personnes qui contribuent à les faire parvenir jusqu’à nous.
Une boutique, mais pas à n’importe quel prix
Je ne prétends pas que l’extraction des minéraux soit sans impact, ni qu’une boutique puisse résoudre à elle seule toutes les difficultés liées à cette activité. Je sais aussi que les chaînes d’approvisionnement sont complexes.
Mais je crois que nous pouvons faire des choix, poser des conditions et refuser certaines pratiques lorsque nous en avons la possibilité.
Pour moi, ouvrir cette boutique ne consiste donc pas seulement à vous proposer de jolies pierres. C’est aussi donner une place à cette histoire humaine, qui a compté dans ma décision bien avant que la boutique n’existe.
J’ai attendu plus de 10 ans avant de pouvoir concrétiser cette idée.
Aujourd’hui, je peux enfin faire vivre ce projet en accord avec ce qui m’avait poussée à le mettre de côté toutes ces années auparavant.
Et c’est probablement ce qui compte le plus à mes yeux : pouvoir partager ma passion des minéraux sans avoir le sentiment de trahir ce qui m’a toujours semblé essentiel.
Le prix du bien-être humain et terrestre.