Singer à manivelle de 1908
Cela faisait à peine trois mois que ma Singer à plateau avait rejoint mon quotidien que j’avais déjà envie d’accueillir une deuxième machine ancienne. Cette fois, je voulais découvrir une machine à manivelle, pour pouvoir comparer les deux systèmes et comprendre ce qui les différenciait. Et puis, il faut bien l’avouer, celle que j’avais en tête était particulièrement belle !
Je me suis donc mise à parcourir les sites de seconde main et les petites annonces, à la recherche de la perle rare. Au départ, j’imaginais plutôt une machine ornée d’un décor victorien ou fleuri, mais je ne trouvais rien qui me convainquait vraiment. Jusqu’au jour où je suis tombée sur elle.
Son décor Memphis était pourtant bien différent de ce que je recherchais, mais quelque chose m’a immédiatement attirée. En la découvrant en photo, j’ai eu comme un petit coup de cœur, une impression de connexion difficile à expliquer. Alors, même si elle ne correspondait pas exactement à mon idée de départ, c’est elle que j’ai choisie.
Il y avait cependant un petit détail : elle se trouvait en Angleterre ! Entre les questions d’expédition et les formalités liées à l’importation, l’affaire était un peu plus compliquée qu’un achat sur un site français. J’ai donc longuement échangé avec le vendeur, qui m’a raconté ce qu’il savait de son histoire.
Cela faisait à peine trois mois que ma Singer à plateau avait rejoint mon quotidien que j’avais déjà envie d’accueillir une deuxième machine ancienne. Cette fois, je voulais découvrir une machine à manivelle, pour pouvoir comparer les deux systèmes et comprendre ce qui les différenciait. Et puis, il faut bien l’avouer, celle que j’avais en tête était particulièrement belle !
Je me suis donc mise à parcourir les sites de seconde main et les petites annonces, à la recherche de la perle rare. Au départ, j’imaginais plutôt une machine ornée d’un décor victorien ou fleuri, mais je ne trouvais rien qui me convainquait vraiment. Jusqu’au jour où je suis tombée sur elle.
Son décor Memphis était pourtant bien différent de ce que je recherchais, mais quelque chose m’a immédiatement attirée. En la découvrant en photo, j’ai eu comme un petit coup de cœur, une impression de connexion difficile à expliquer. Alors, même si elle ne correspondait pas exactement à mon idée de départ, c’est elle que j’ai choisie.
Il y avait cependant un petit détail : elle se trouvait en Angleterre ! Entre les questions d’expédition et les formalités liées à l’importation, l’affaire était un peu plus compliquée qu’un achat sur un site français. J’ai donc longuement échangé avec le vendeur, qui m’a raconté ce qu’il savait de son histoire.
Une machine retrouvée après cinquante ans
Le métier du vendeur consistait notamment à vider des maisons, et c’est au cours de l’une de ces interventions qu’il avait découvert cette Singer. Elle était restée environ cinquante ans dans un garage, sans être utilisée ni déplacée.
Le vendeur a accepté de me l’expédier en France, lui permettant ainsi de quitter l’endroit où elle avait passé plusieurs décennies pour commencer une nouvelle étape de sa vie.
D’après les quelques informations qu’il possédait, cette machine avait appartenu à une femme qui l’avait conservée toute sa vie. Elle serait issue d’un héritage familial et aurait ainsi traversé plusieurs générations au sein d’une même famille. Sans pouvoir retracer chaque étape de son parcours, il semble donc qu’elle soit restée dans cette famille pendant presque toute son existence, jusqu’à son arrivée chez moi.
J’aime beaucoup cette idée : une machine qui a probablement accompagné une femme pendant des années, qui a ensuite été conservée comme un objet de famille, puis oubliée dans un garage pendant un demi-siècle. Et finalement, après tout ce temps, la voilà qui reprend la route vers une nouvelle maison.
Singer, la production de masse et les machines qui ont disparu
Au tournant du XXe siècle, Singer est devenue l'une des grandes entreprises de la machine à coudre. Grâce à une production industrielle importante, à un réseau commercial étendu et à des stratégies de vente innovantes, la marque a diffusé ses machines dans de nombreux pays.
La production était telle que l’on retrouve aujourd’hui encore un grand nombre de Singer anciennes. Elles ont été fabriquées en quantités considérables et ont équipé aussi bien des foyers que des ateliers de couture. Pourtant, cela ne signifie pas que tous les modèles sont faciles à trouver, notamment lorsqu’on recherche une configuration particulière ou un décor précis.
Et il y a une raison historique intéressante à cela : Singer ne se contentait pas de vendre des machines neuves. L’entreprise avait également mis en place une politique de reprise des anciennes machines, qui a contribué à faire disparaître de nombreux exemplaires.
Dès 1857, Edward Cabot Clark, associé d’Isaac Singer, a développé un programme permettant aux clients d’échanger une ancienne machine contre un modèle plus récent. L’entreprise acceptait des machines de toutes sortes, y compris celles de marques concurrentes. Mais les machines récupérées n’étaient pas destinées à être revendues : elles étaient détruites.
Cette pratique avait un intérêt commercial évident. En supprimant les machines reprises du marché, Singer limitait la possibilité de les acheter d’occasion et de les utiliser comme alternative à l’achat d’un modèle neuf. L’entreprise protégeait ainsi ses ventes et réduisait aussi la présence de machines concurrentes sur le marché de la seconde main.
Cette politique, documentée par l’International Sewing Machine Collectors’ Society, a perduré pendant de nombreuses années. Elle a contribué à la disparition d’un grand nombre de machines anciennes, dont certaines auraient aujourd’hui une valeur historique et patrimoniale importante.
Cela aide à comprendre pourquoi, malgré les volumes considérables produits par Singer, certaines machines restent plus difficiles à retrouver. Les exemplaires qui ont échappé à ces reprises ont pu être conservés par leurs propriétaires, transmis dans les familles ou simplement oubliés dans un grenier ou un garage, jusqu’à ce qu’une nouvelle personne les découvre.
On ne peut évidemment pas attribuer la survie de chaque machine à une seule raison. Mais cette histoire rappelle que ce qui nous semble aujourd’hui être un objet ancien précieux n’a pas toujours été considéré comme tel. À l’époque, une machine pouvait être remplacée par un modèle plus récent et disparaître ainsi définitivement du paysage.
Une fabrication écossaise
Cette Singer a été fabriquée en Écosse, dans le contexte d’une production industrielle qui prenait une ampleur considérable. L’usine de Clydebank, près de Glasgow, est devenue l’un des grands centres de fabrication de la marque et jouait un rôle essentiel dans l’approvisionnement du marché européen.
Les machines Singer ont ainsi circulé entre les pays au rythme du développement de l’entreprise et de ses réseaux de distribution. La mienne a été fabriquée en Écosse, a rejoint la France à une époque que je ne connais pas précisément, puis a traversé plusieurs générations avant de repartir vers l’Angleterre. Enfin, elle a franchi une nouvelle fois la Manche pour arriver chez moi.
Son décor Memphis est également présent sur ma Singer à plateau. Ce rapprochement entre les deux machines me plaît beaucoup : elles possèdent chacune leur propre mécanisme et leur propre histoire, mais certains détails décoratifs les relient.
La manivelle : une autre manière de coudre
Si je voulais acquérir une machine à manivelle, c’était aussi pour découvrir une autre façon de coudre. Contrairement à une machine à pédale, qui fonctionne grâce au mouvement des jambes, la machine à manivelle se commande à la main.
En tournant la manivelle, on transmet directement le mouvement au mécanisme de la machine. Il faut apprendre à coordonner ce geste avec le tissu et le rythme de la couture. Cela demande un peu de pratique, mais permet de comprendre plus directement le fonctionnement mécanique de la machine.
À l’époque où ces modèles étaient utilisés, cette commande manuelle pouvait être particulièrement intéressante pour les personnes qui ne disposaient pas d’un meuble adapté à une machine à pédale ou qui souhaitaient une solution plus compacte. Elle permettait de coudre sans électricité, à condition de disposer d’un support stable pour installer la machine.
C’est justement cette différence de fonctionnement qui m’intriguait. Je voulais pouvoir comparer les deux systèmes, observer leurs mécanismes et mieux comprendre les choix techniques qui ont accompagné l’évolution de la couture domestique.
Gardienne, le temps d’un passage
Ce qui me plaît dans cette histoire, c’est qu’au départ, je cherchais simplement une machine à manivelle pour compléter ma première Singer. Je ne pensais pas forcément tomber sur un modèle qui me toucherait de cette façon. Et pourtant, parmi toutes les machines que j’avais regardées, c’est celle-ci qui a retenu mon attention.
Je ne sais pas tout de son passé, ni combien de mains ont actionné sa manivelle avant qu’elle ne rejoigne ma collection. Mais je sais qu’elle a passé une grande partie de sa vie dans la même famille, puis plusieurs décennies oubliée dans un garage, avant de reprendre la route vers une nouvelle maison.
Aujourd’hui, je suis heureuse de pouvoir lui offrir une place dans mon univers et de prendre soin d’elle à mon tour. Comme pour ma Singer à plateau, je ne me considère pas comme sa propriétaire définitive, mais comme sa gardienne de passage.
Elle a déjà traversé les frontières, les générations et les époques. Pour le moment, son histoire continue avec moi, et je suis curieuse de découvrir tout ce qu’elle a encore à m’apprendre.